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Musées de sculpture en plein air
Les photographies d’Eugène Atget
dans les jardins des Tuileries et de Versailles |
Vers la fin du siècle dernier, Paris formait un vaste musée
dont les richesses incomparables se trouvaient disséminées
aussi bien dans les édifices religieux et dans les monuments
publics que dans les habitations privées…
ALFRED DE CHAMPEAUX, « l’Art décoratif dans le vieux Paris »
Il faudrait ajouter, dans les jardins.
Alfred de Champeaux, qui allait devenir conservateur de la bibliothèque des Arts décoratifs, écrit ces lignes dans un article paru dans la Gazette des Beaux-Arts en 1890, l’année même où Eugène Atget ouvre à Paris son premier studio de photographe.
En cette fin du XIXe siècle, les travaux d’embellissements urbains menés par le baron Haussmann entraînent la démolition de quartiers entiers du Paris historique, ce dont s’émeuvent nombre d’amateurs d’art, soucieux de conserver la mémoire des richesses artistiques de la capitale.
Le fonds Eugène Atget (1857 – 1927) de la bibliothèque des Arts décoratifs
C’est dans ce climat qu’Eugène Atget commence à parcourir méthodiquement les rues de Paris, photographiant les hôtels particuliers, leurs portes et marteaux de portes, leurs balcons, les boutiques, les fontaines, les églises et les jardins. Il effectue ses deux premières ventes de photographies en 1898 au musée de Sculpture comparée du Trocadéro et au musée Carnavalet.
Josiane Sartre
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19 mai 2008 - 26 juillet 2008 de 10h à 18h du mardi au samedi entrée gratuite
Bibliothèque des Arts décoratifs
111, rue de rivoli 75001 Paris
| photos: Julie Beillevaire |
| Statuaire en péril |
Si le visiteur de la bibliothèque peut, aujourd’hui encore, parmi la centaine d’œuvres qui le peuplent, admirer dans le jardin des Tuileries les Termes des Saisons, le Bacchus de Versailles, la Bacchante de Carrier-Belleuse, elle, a été mise à l’abri au musée d’Orsay en 1984 tout comme les deux groupes des chevaux de Marly de Guillaume Coustou le furent en 1986 au musée du Louvre, remplacés par des copies réalisées par moulages. Et, du ravissant Réveil de Mayer il ne reste que la photographie d’Eugène Atget et quelques fragments conservés au Musée du Louvre, la statue ayant été gravement endommagée lors des combats de la Libération
De même, dans le parc de Versailles, si le visiteur peut encore s’émerveiller devant près de 300 statues de marbre et de bronze mises en place sous Louis XIV, qui en fait le plus grand musée de sculpture du XVIIe siècle du monde, il ne peut plus contempler nombre d’œuvres originales dont par exemple, le célèbre Enlèvement de Proserpine de Girardon désormais en réserve, remplacé dans la Colonnade par un moulage. Le Bosquet des Trois Fontaines, qu’Atget intitule Bosquet de l’Arc de Triomphe, a quant à lui disparu.
Le visiteur doit avoir conscience que toutes les statues encore en place dans les jardins sont en péril. Soumises à l’érosion du temps, à la pollution de l’air, leur marbre blanc nécessite aujourd’hui une restauration. Elles doivent aussi affronter les dégradations dues aux visiteurs inconséquents qui ne craignent pas de grimper sur les socles pour réussir la prise de vue unique ou se faire eux-mêmes photographier. C’est qu’une statue de plein air, hors du musée, perd son statut privilégié de chef-d’œuvre intouchable
Pour Geneviève Bresc-Bautier, conservateur du département des sculptures du musée du Louvre, chargé de la statuaire des Tuileries, l’idéal serait de continuer à mettre à l’abri les statues et de les remplacer par leurs copies à l’extérieur. Pour le conservateur en charge des sculptures à Versailles, il est également temps d’agir. Versailles a commencé en lançant cette année la 3ème campagne « Adoptez une statue du parc » en finançant sa restauration et en associant son nom à la statue de son choix. La tâche est d’importance.
Les épreuves photographiques d’Eugène Atget n’en sont que plus précieuses, témoins d’un passé où les œuvres originales étaient encore toutes en place dans leur environnement de jardin.
Josiane Sartre
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